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In memoriam
Garry Davis


GARRY DAVIS : « ET MAINTENANT, LA PAROLE EST AU PEUPLE ! » par René Wadlow

Garry Davis, qui est décédé le 24 juillet 2013 à Burlington (Vermont, Etats-Unis), était souvent appelé le « Premier Citoyen du Monde ». Ce titre n’était pourtant pas tout à fait correct, car le mouvement citoyen du monde est apparu sous sa forme structurée dans l’Angleterre de 1937, avec Hugh J. Shonfield et son Commonwealth of World Citizens, lequel fut suivi en 1938 par la création, aux Etats-Unis et en Angleterre de manière conjointe, de la World Citizen Association. Néanmoins, c’est bien Garry Davis qui, en 1948 et 1949 à Paris, toucha un large public et popularisa ainsi le terme « citoyen du monde ».

Garry Davis fut l’initiateur de ce que je considère être la « deuxième vague de l’action des Citoyens du Monde ». La première vague eut lieu entre 1937 et 1940, dans une tentative de contrer le nationalisme étroit qu’incarnaient l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et le Japon militariste. Cette première vague d’action des Citoyens du Monde ne parvint pas à empêcher la Seconde Guerre Mondiale, mais elle mit en lumière le besoin d’une vision cosmopolite globale. Henri Bonnet, du Comité pour la Coopération intellectuelle de la Société des Nations (SDN), également fondateur de la Section des Etats-Unis de la World Citizen Association, devint l’un des intellectuels les plus influents de la France Libre du Général de Gaulle à Londres durant la guerre. Bonnet fut ensuite l’un des fondateurs de l’UNESCO – ce qui explique que l’organisation soit basée à Paris – dont il est aussi à l’origine de l’insistance sur la compréhension entre les cultures.

La Deuxième Vague de l’action des Citoyens du Monde, dans laquelle Garry Davis joua un rôle de premier plan, dura de 1948 à 1950 – soit jusqu’à ce qu’éclate la guerre en Corée et que chacun puisse se rendre compte que la Guerre Froide avait commencé, même si, en réalité, la Guerre Froide avait commencé dès 1945, lorsqu’il était devenu évident que l’Allemagne et le Japon allaient être vaincus. Les Grandes Puissances victorieuses commencèrent vite à consolider leurs positions respectives. La Guerre Froide dura de 1945 à 1991, année de la disparition de l’Union soviétique. Durant la période 1950-1951, l’activité des Citoyens du Monde consista principalement en la prévention d’une guerre entre les Etats-Unis et l’URSS, très largement dans le cadre du contrôle des armements ainsi que du désarmement, et non sous un quelconque « drapeau des Citoyens du Monde ».

La Troisième Vague de l’action des Citoyens du Monde commença en 1991, avec la fin de la Guerre Froide et la montée, une nouvelle fois, de mouvements incarnant le nationalisme étroit, tels qu’ils se manifestèrent lors de la dislocation de l’Union soviétique et de la Yougoslavie. De par son insistance particulière sur la résolution des conflits, les Droits de l’Homme, le développement écologiquement durable et la compréhension entre les différentes cultures, l’Association of World Citizens est la force motrice de cette Troisième Vague.

Pendant les deux ans qu’elle a duré, la Deuxième Vague fut en fait une tentative de prévenir la Guerre Froide, et avec elle, la guerre chaude qu’elle aurait pu devenir, à savoir une Troisième Guerre Mondiale. En 1948, le Parti Communiste s’empara de la Tchécoslovaquie, dans ce que l’Occident qualifia de « coup d’Etat » mais qui s’apparentait bien plus précisément à une manipulation cynique des institutions politiques. Ce coup d’Etat fut le premier exemple du changement de l’après-1945 de l’équilibre du pouvoir entre l’Est et l’Ouest, et de là naquit la conjecture sur d’autres éventuels changements du même ordre, comme dans l’Indochine française ou en 1950 en Corée. Mais 1948, c’est aussi l’année où l’Assemblée générale de l’ONU s’était réunie à Paris. Les Nations Unies ne disposaient pas encore d’un siège permanent à New York, aussi l’Assemblée générale s’était-elle réunie d’abord à Londres puis ensuite à Paris. Tous les yeux, à commencer par ceux des médias, étaient fixés sur l’ONU. Personne ne savait avec certitude ce qu’il adviendrait de l’ONU, si elle serait capable de répondre aux défis politiques sans cesse plus importants ou si elle « suivrait la SDN dans sa tombe » …

Garry Davis, né en 1921, était un jeune acteur de Broadway, à New York, avant que les Etats-Unis ne se joignent à la Guerre Mondiale en 1941. Garry Davis était le fils de Meyer Davis, célèbre chef d’orchestre populaire qui jouait souvent dans des bals mondains et était bien connu des milieux du spectacle dont New York était alors le berceau. Il n’était donc que très naturel que son fils intègre lui aussi la profession, ce qu’il fit en tant qu’acteur-chanteur-danseur spécialiste des comédies musicales de l’époque. Garry avait étudié au Carnegie Institute of Technology, une institution de pointe en matière de technologie.

Quand les Etats-Unis sont entrés en guerre, Garry a rejoint l’U. S. Air Force et est devenu pilote de bombardier B-17, basé en Angleterre et ayant pour mission de bombarder des cibles désignées en Allemagne. Le frère de Garry avait été tué durant l’invasion de l’Italie par les Alliés, ce qui conférait en lui un aspect de vengeance à ses bombardements de cibles militaires, qui durèrent jusqu’à ce que l’on lui donne l’ordre de bombarder des villes allemandes dans lesquelles se trouvaient des civils.

Après la fin de la guerre, redevenu acteur à New York, il se sentit investi d’une responsabilité personnelle de contribuer à créer un monde en paix et devint ainsi actif au sein des Fédéralistes mondiaux, qui proposaient la création d’une fédération mondiale dotée des pouvoirs nécessaires à empêcher toute guerre, s’inspirant largement de l’expérience américaine de transformation d’un gouvernement fortement décentralisé, suivant les Articles de Confédération, en un Gouvernement fédéral plus centralisé et structuré par la Constitution des Etats-Unis.

A cette époque, Garry avait lu un livre très populaire chez les Fédéralistes, L’Anatomie de la Paix (The Anatomy of Peace) d’Emery Reves, Hongrois d’origine. Reves écrivait : « Nous devons clarifier tous les principes et parvenir aux définitions axiomatiques de ce qui cause la guerre et de ce qui engendre la paix dans la société humaine. » Si la guerre était le produit du nationalisme qu’est l’égocentrisme national, comme l’affirmait l’observateur avisé de la SDN qu’avait été Reves, alors la paix exige que l’on se défasse du nationalisme. Comme l’écrivait Garry dans son autobiographie, Mon Pays, C’est le Monde (My Country is the World), « Pour devenir un citoyen du monde entier, pour proclamer mon allégeance première à l’humanité, il me fallait d’abord renoncer à détenir la nationalité des Etats-Unis. J’allais donc faire sécession de l’ancien et proclamer le nouveau. »

En mai 1948, ayant appris que l’Assemblée générale de l’ONU devait se réunir à Paris en septembre et qu’auparavant, la conférence de fondation du Mouvement fédéraliste mondial au niveau international devait avoir lieu pour sa part au Luxembourg, il s’est rendu à Paris. C’est là qu’il a renoncé à sa nationalité américaine et a rendu son passeport. Toutefois, il ne disposait d’aucun autre document d’identité, dans une Europe où la police peut vous accoster dans la rue et exiger que vous lui montriez vos papiers sur-le-champ. Il avait donc imprimé une « Carte d’Identité Internationale des Citoyens du Monde Unis », même si les Français l’avaient pour leur part enregistré comme « apatride d’origine américaine ». Dans le Paris de l’après-guerre, les « apatrides » ne manquaient pas, mais en dehors de lui, il n’y en avait probablement aucun autre « d’origine américaine ».

Renoncer à une nationalité américaine, ainsi qu’à un passeport que bon nombre des réfugiés présents à Paris auraient rêvé d’avoir à n’importe quel prix, cela ne pouvait que passionner la presse et valoir à Garry de très nombreuses visites. Parmi ses visiteurs se trouva un jour Robert Sarrazac, qui avait combattu dans la Résistance française et partageait les points de vue de Garry sur la nature destructrice du nationalisme étroit ainsi que sur le besoin de développer une idéologie citoyenne du monde. Garry fut aussi rejoint par un jeune homme qui se nommait Guy Marchand, lequel jouerait plus tard un rôle important dans la création des structures du mouvement citoyen du monde.

Comme la police française n’aimait guère voir des gens sans papiers d’identité valables se balader ici et là, Garry Davis déménagea pour s’installer dans le bâtiment spacieux et moderne qu’était le Palais de Chaillot, avec ses terrasses qui avaient été proclamées « territoire mondial » pour la durée de l’Assemblée générale de l’ONU. Il y avait monté sa tente, attendant de voir ce que ferait l’ONU pour promouvoir la citoyenneté mondiale. Dans l’intervalle, Robert Sarrazac, qui conservait de nombreux contacts de son temps dans la Résistance, avait créé un « Conseil de Solidarité » formé de personnes admirées pour leur indépendance d’esprit et qui n’étaient liées à aucun parti politique en particulier. Le Conseil était dirigé par Albert Camus, romancier et rédacteur dans plusieurs journaux, André Breton, poète surréaliste, l’Abbé Pierre et Emmanuel Mounier, rédacteur en chef d’Esprit, tous deux étant des Catholiques dotés d’une forte indépendance d’esprit, ainsi qu’Henri Roser, pasteur protestant et secrétaire en charge des pays francophones du Mouvement international de la Réconciliation.

Davis et ses conseillers pensaient qu’il ne fallait pas que la citoyenneté mondiale soit laissée à la porte de l’Assemblée générale mais qu’elle devait être présentée à celle-ci même comme un défi lancé à la manière conventionnelle de faire les choses, en un mot, « une interruption ». C’est pourquoi il avait été décidé que Garry Davis, depuis le balcon des spectateurs, interromprait la session de l’Assemblée générale pour lire un court texte ; Robert Sarrazac avait le même texte en français et Albert Crespey, fils d’un chef du Togo, avait un discours écrit dans sa langue natale togolaise.

Après la pause qui suivait une longue intervention de la Yougoslavie, Davis s’est levé. Le Père Montecland, « prêtre le jour et citoyen du monde la nuit », a dit d’une voix bondissante : « Et maintenant, la parole est au peuple ! ». Davis a dit en anglais : « Messieurs les Président et Délégués, je vous interromps au nom du peuple du monde qui n’est pas représenté ici. Même si mes mots devaient ne pas être entendus, notre besoin commun d’une loi et d’un ordre mondiaux ne peut plus être ignoré. » Après cela, des gardes de la sécurité sont intervenus, mais Robert Sarrazac, de l’autre côté de la Galerie des Visiteurs, a continué en français, suivi par un plaidoyer pour les Droits de l’Homme en togolais. Plus tard, vers la fin de la session de l’ONU à Paris, l’Assemblée générale adopta, sans une seule voix contre, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qui devint le fondement des efforts des Citoyens du Monde pour mettre en avant le droit mondial.

C’est le Docteur Herbert Evatt, d’Australie, qui était le Président de l’Assemblée générale de l’ONU en 1948. C’était un internationaliste qui avait travaillé pendant la Conférence de San Francisco d’où était née l’ONU pour limiter les pouvoirs des cinq Membres Permanents du Conseil de Sécurité. Evatt s’entretint avec Davis quelques jours après cette « interruption » et encouragea Davis à continuer de travailler en direction de la citoyenneté mondiale, même s’il n’était pas forcément des plus judicieux pour ce faire d’interrompre des réunions de l’ONU.

Peu après avoir mis en lumière la citoyenneté mondiale à l’ONU, Garry Davis vint au soutien de Jean Moreau, jeune Citoyen du Monde français et Catholique militant qui, en tant qu’objecteur de conscience au service militaire, avait été emprisonné à Paris, en l’absence d’une loi sur le service alternatif à l’époque en France. Davis campa devant la porte de la prison militaire de la Rue du Cherche-Midi, dans le centre de Paris. Comme l’a écrit Davis, « Alors qu’il est clairement visible que les citoyens d’autres nations sont prêts à souffrir pour un homme né en France qui revendique le droit moral d’œuvrer pour son prochain et de l’aimer plutôt que d’être formé à le tuer, comme l’ont enseigné Jésus, Bouddha, Lao Tseu, Tolstoï, Saint François d’Assise, Gandhi, ainsi que d’autres grands penseurs et dignitaires religieux, le monde devrait commencer à comprendre que la conscience de l’Homme elle-même transcende toutes les divisions et toutes les peurs artificiellement créées. D’autres rejoignirent Davis dans son campement de rue. Garry Davis travailla étroitement sur ce cas avec Henri Roser et André Trocmé du Mouvement international de la Réconciliation. Davis fut jeté en prison pour avoir campé dans la rue en pleine ville ainsi que pour manque de documents d’identité valides, mais d’autres vinrent bientôt le remplacer dans la rue, parmi lesquels un pacifiste allemand, véritable acte de courage si peu de temps après la fin de la guerre. Il allait falloir encore une décennie pour qu’un service alternatif soit mis en place en France, mais l’action de Davis avait permis à la question de recueillir une large attention dans le pays et le lien était désormais clairement établi entre la citoyenneté mondiale et l’action non-violente.

Garry Davis n’a jamais été un « homme d’organisation ». Il se concevait comme un symbole en action. Après une année en France avec quelques courts séjours en Allemagne, il décida en juillet 1949 de retourner aux Etats-Unis. Comme il l’avait écrit à l’époque, « J’ai souvent dit que ce n’était pas mon intention de diriger un mouvement ou de devenir président d’une organisation. En toute honnêteté et sincérité, je dois définir la limite de mes capacités à être le témoin du principe d’unité mondiale, à défendre jusqu’à la limite de mes capacités l’Unicité de l’homme et ses immenses possibilités sur la planète Terre, et à combattre les peurs et les haines créées artificiellement pour perpétuer les divisions étroites et obsolètes qui mènent et ont toujours conduit au conflit armé ».

Peut-être du fait du karma, pendant le voyage en bateau qui le ramenait aux Etats-Unis, il a rencontré le Docteur P. Natarajan, enseignant religieux du sud de l’Inde dans la tradition oupanishadique. Natarajan avait vécu à Genève et à Paris et détenait un doctorat en philosophie de l’Université de Paris. Lui et Davis étaient devenus amis proches et Davis avait passé quelques temps en Inde, au centre créé par Natarajan qui mettait l’accent sur le développement de la vie intérieure. « La méditation consiste à faire entrer en vous toutes les valeurs », avait pour devise Natarajan.

C’est au domicile de Harry Jakobsen, disciple de Natarajan, sur le Mont Schooly dans le New Jersey, que j’avais fait la connaissance de Garry Davis au début des années 1950. J’étais moi aussi intéressé par la philosophie indienne et quelqu’un m’avait mis en contact avec Jakobsen. Cependant, j’avais rejoint les Fédéralistes mondiaux Etudiants en 1951 et je connaissais donc les aventures de Garry à Paris. Nous nous sommes vus depuis lors à Genève, en France et aux Etats-Unis de temps en temps.

Certains chez les Fédéralistes mondiaux et les Citoyens du Monde pensaient que sa renonciation à la nationalité américaine en 1948 avait créé la confusion chez le public. Les Fédéralistes mondiaux, davantage adeptes du fonctionnement en organisation, préféraient mettre en avant l’idée que l’on peut être un bon citoyen tout à la fois d’une communauté locale, d’un Etat-nation et en tant que Citoyen du Monde. Toutefois, l’intérêt de Davis et le mien propre pour la pensée asiatique nous a toujours liés, en dépit même de nos désaccords tactiques.

Aujourd’hui, il paraît approprié de citer l’image souvent invoquée de la vague solitaire qui représente en fait un seul et unique éternel océan d’énergie. Tout individu est à la fois une vague solitaire et une partie de la source impersonnelle d’où tout part et où tout revient. La vague qu’était Garry Davis est retournée à l’océan dans toute son étendue. Il nous laisse un défi permanent avec cette phrase qu’il a écrite : « Il existe à présent un besoin vital de leadership qui soit à la fois sage et pragmatique, et les symboles, qui ne sont utiles que jusqu’à un certain point, doivent à présent faire place à des hommes qualifiés pour un tel leadership ».

René Wadlow est Président de l’Association of World Citizens.

nb1--> A ne pas confondre avec l’Association of World Citizens d’aujourd’hui.
nb2--> Garry Davis, My Country is the World (London: Macdonald Publishers, 1962).
nb3--> A ne pas confondre avec l’acteur et chanteur français du même nom.
nb4--> Garry Davis, Over to Pacifism:A Peace News Pamphlet (London: Peace News, 1949)


Garry Davis: « And Now the People Have The Floor »

Garry Davis, who died 24 July 2013, in Burlington, Vermont, was often called “World Citizen N°1”. The title was not strictly exact as the organized world citizen movement began in England in 1937 by Hugh J. Shonfield and his Commonwealth of World Citizens, followed in 1938 by the creation jointly in the USA and England of the World Citizen Association. However, it was Garry Davis in Paris in 1948-1949 who reached a wide public and popularized the term “world citizen”.

Garry Davis was the start of what I call “the second wave of world citizen action”. The first wave was in 1937-1940 as an effort to counter the narrow nationalism represented by Fascist Italy, Nazi Germany and militaristic Japan. This first world citizen wave of action did not prevent the Second World War, but it did highlight the need for a wider cosmopolitan vision. Henri Bonnet of the League of Nations’ Committee for Intellectual Co-operation and founder of the US branch of the World Citizen Association became an intellectual leader of the Free French Movement of De Gaulle in London during the War. Bonnet was a leader in the founding of UNESCO — the reason it is located in Paris — and UNESCO’s emphasis on understanding among cultures.

The Second Wave of world citizen action in which Garry Davis was a key figure lasted from 1948 to 1950 — until the start of the war in Korea and the visible start of the Cold War, although, in reality, the Cold War began in 1945 when it became obvious that Germany and Japan would be defeated. The victorious Great Powers began moving to solidify their positions. The Cold War lasted from 1945 until 1991 with the end of the Soviet Union. During the 1950-1991 period, most world citizen activity was devoted to preventing a war between the USA and the USSR, working largely within other arms control/disarmament associations and not under a “world citizen flag.”

The Third Wave of world citizen action began in 1991 with the end of the Cold War and the rise again of narrow nationalist movements as seen in the break up of the Soviet Union and Yugoslavia. The Association of World Citizens with its emphasis on conflict resolution, human rights, ecologically-sound development, and understanding among cultures is the moving force of this Third Wave.

The two-year Second Wave was an effort to prevent the Cold War which might have become a hot World War Three. In 1948, the Communist Party took over Czechoslovakia, in what the West called a “coup”, more accurately a cynical manipulation of politics. The coup was the first example of a post-1945 change in the East-West balance of power and started speculation on other possible changes as in French Indochina or in 1950 in Korea. 1948 was also the year that the UN General Assembly was meeting in Paris. The United Nations did not yet have a permanent headquarters in New York, so the General Assembly first met in London and later in Paris. All eyes, especially those of the media, were fixed on the UN. No one was sure what the UN would become, if it would be able to settle the growing political challenges or “go the way of the League of Nations”.

Garry Davis, born in 1921, was a young Broadway actor in New York prior to the entry of the US in the World War in 1941. Garry Davis was a son of Meyer Davis, a well-known popular band leader who often performed at society balls and was well known in the New York-based entertainment world. Thus it was fairly natural that his son would enter the entertainment world, as a “song and dance” actor in the musical comedies of those days. Garry had studied at the Carnegie Institute of Technology, a leading technology institution.

When the US entered the war, Garry joined the Army Air Force and became a bomber pilot of the B-17, stationed in England with a mission to bomb targets in Germany. Garry’s brother had been killed in the Allied invasion of Italy, and there was an aspect of revenge in bombing German military targets until he was ordered to bomb German cities in which there were civilians.

At the end of the War and back as an actor in New York, he felt a personal responsibility toward helping to create a peaceful world and became active with world federalists who were proposing the creation of a world federation with powers to prevent war, largely based on the US experience of moving from a highly decentralized government under the Articles of Confederation to the more centralized Federal Government structured by the Constitution.

At the time, Garry had read a popular book among federalists, The Anatomy of Peace by the Hungarian-born Emery Reves. Reves had written “We must clarify principles and arrive at axiomatic definitions as to what causes war and what creates peace in human society.” If war was caused by a state-centric nationalism as Reves, who had observed closely the League of Nations, claimed, then peace requires a move away from nationalism. As Garry wrote in his autobiography My Country is the World (1) “In order to become a citizen of the entire world, to declare my prime allegiance to mankind, I would first have to renounce my United States nationality. I would secede from the old and declare the new”.

In May 1948, knowing that the UN General Assembly was to meet in Paris in September and earlier the founding meeting of the international world federalists was to be held in Luxembourg, he went to Paris. There he renounced his US citizenship and gave in his passport. However, he had no other identity credentials in a Europe where the police can stop you and demand that you provide identity papers. So he had printed a “United World Citizen International Identity Card” though the French authorities listed him as “Apatride d’origine americaine”. Paris after the War was filled with “apatride” but there was probably no other “d’origine americaine”

Giving up US citizenship and a passport which many of the refugees in Paris would have wanted at any price was widely reported in the press and brought him many visitors. Among the visitors was Robert Sarrazac who had been active in the French resistance and shared the same view of the destructive nature of narrow nationalism and the need to develop a world citizen ideology. Garry was also joined by the young Guy Marchand who would later play an important role in structuring the world citizen movement.

As the French police was not happy with people with no valid identity papers wondering around, Garry Davis moved to the large modern Palais de Chaillot with its terraces which had become “world territory” for the duration of the UN General Assembly. He set up a tent and waited to see what the UN would do to promote world citizenship. In the meantime; Robert Sarrazac who had many contacts from his resistance activities set up a “Conseil de Solidarite” formed of people admired for their independence of thought, not linked to a particular political party. The Conseil was led by Albert Camus, novelist and writer for newspapers, Andre Breton, the Surrealist poet, l’Abbé Pierre and Emmanuel Mounier, editor of Esprit, both Catholics of highly independent spirits as well as Henri Roser, a Protestant minister and secretary for French-speaking countries of the International Fellowship of Reconciliation.

Davis and his advisors felt that world citizenship should not be left outside the General Assembly hall but had to be presented inside as a challenge to the ordinary way of doing things, “an interruption”. Thus, it was planned that Garry Davis from the visitors balcony would interrupt the UN proceedings to read a short text; Robert Sarrazac had the same speech in French, and Albert Crespey, son of a chief from Togo had his talk written out in his Togolese language.

In the break after a long Yugoslav intervention, Davis stood up. Father Montecland, “priest by day and world citizen by night” said in a booming voice “And now the people have the floor!” Davis said “Mr Chairman and delegates: I interrupt in the name of the people of the world not represented here. Though my words may be unheeded, our common need for world law and order can no longer be disregarded.” After this, the security guards moved in, but Robert Sarrazac on the other side of the Visitors Gallery continued in French, followed by a plea for human rights in Togolese. Later, near the end of the UN Assembly in Paris, the General Assembly adopted without an opposition vote, the Universal Declaration of Human Rights which became the foundation of world citizens’ efforts to advance world law.

Dr Herbert Evatt of Australia was the President of the UN General Assembly in 1948. He was an internationalist who had worked during the San Francisco Conference creating the UN to limit the powers of the Permanent Five of the Security Council. Evatt met with Davis a few days after the “interruption” and encouraged Davis to continue to work for world citizenship, even if disrupting UN meetings was not the best way.

Shortly after highlighting world citizenship at the UN, Garry Davis went to the support of Jean Moreau, a young French world citizen and active Catholic, who as a conscientious objector to military service, had been imprisoned in Paris as there was no law on alternative service in France at the time. Davis camped in front of the door of the military prison at the Rue du Cherche Midi in central Paris. As Davis wrote “When it is clearly seen that citizens of other nations are willing to suffer for a man born in France claiming the moral right to work for and love his fellow man rather than be trained in killing him, as Jesus, Buddha, Lao Tsu, Tolstoy, St Francis of Assisi, Gandhi, and other great thinkers and religious leaders have taught, the world may begin to understand that the conscience of Man itself rises above all artificially-created divisions and fears.” (2). Others joined Davis in camping on the street. Garry Davis worked closely on this case with Henri Roser and Andre Trocme of the Fellowship of Reconciliation. Davis was put in jail for camping on the city street and also for not having valid identification documents, but his place on the street was filled with others, including a German pacifist, an act of courage so soon after the end of the War. It took another decade before alternative service in France was put into place, but Davis’ action had led to the issue being widely raised in France, and the link between world citizenship and non-violent action clearly drawn.

Garry Davis was never an “organizational man”. He saw himself as a symbol in action. After a year in France with short periods in Germany, he decided in July 1949 to return to the US. As he wrote at the time “I have often said that it is not my intention to head a movement or to become president of an organization. In all honesty and sincerity, I must define the limit of my abilities as being a witness to the principle of world unity, defending to the limit of my ability the Oneness of man and his immense possibilities on our planet Earth, and fighting the fears and hatreds created artificially to perpetuate narrow and obsolete divisions which lead and have always led to armed conflict.”

Perhaps by the working of karma, on the ship taking him to the USA, he met Dr. P. Natarajan, a south Indian religious teacher in the Upanishadic tradition. Natarajan had lived in Geneva and Paris and had a doctorate in philosophy from the University of Paris. He and Davis became close friends, and Davis spent some time in India at the center created by Natarajan who stressed the development of the inner life. “Meditation consists of bringing all values inside yourself” was a motto of Natarajan.

It was at the home of Harry Jakobsen, a follower of Natarajan, on Schooly Mountain, New Jersey that I first met Garry Davis in the early 1950s. I was also interested in Indian philosophy, and someone put me in contact with Jakobsen. However, I had joined what was then the Student World Federalists in 1951 so I knew of the Paris adventures of Garry. We have since seen each other in Geneva, France and the US from time to time.

Some world federalists and world citizens thought that his renunciation of US citizenship in 1948 confused people. The more organization-minded world federalists preferred to stress that one can be a good citizen of a local community, a national state as well as a world citizen. However Davis’ and my common interest in Asian thought was always a bond beyond any tactical disagreements.

Today, it is appropriate to cite the oft-used Indian image of the wave as an aspect of the one eternal ocean of energy. Each individual is both an individual wave and at the same time part of the impersonal source from which all comes and returns. Garry Davis as a wave has now returned to the broader ocean. He leaves us a continuing challenge writing “There is vital need now for wise and practical leadership, and the symbols, useful up to a point, must now give way to the men qualified for such leadership.”

Notes

1) Garry Davis. My Country is the World (London: Macdonald Publishers, 1962)
2) Garry Davis.Over to Pacifism:A Peace News Pamphlet (London: Peace News, 1949)

Rene Wadlow, President, Association of World Citizens


Le Monde - 25 juillet 2013

En l'état, je ne peux faire mieux que reprendre cet article intéressant publié dans Le Monde le jour de sa mort, sous la plume de M. Sylvain Cypel. C'est un bel hommage.

Ses derniers actes politiques auront consisté à délivrer à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres, qui l'accepta, un passeport de " citoyen du monde ", et à en envoyer un autre aux autorités russes dans l'espoir qu'il aide Edward Snowden, l'analyste qui a fui à Moscou après avoir révélé les écoutes illégales de l'agence d'espionnage américaine NSA, à trouver un pays d'accueil de son choix. Par ses prises de positions, sa vie durant, Garry Davis, mort le 24 juillet, a préfiguré l'émergence d'idées aujourd'hui plus acceptées que lorsqu'il prôna leur mise en oeuvre.

Il fut ainsi l'un des premiers pacifistes focalisés sur l'opposition à la prolifération nucléaire, cherchant à brandir le célèbre sigle en forme d'" y " inversé là où il le pouvait dans un monde alors bipolaire où la guerre froide amenait " Soviétiques " et " impérialistes " à faire une course effrénée à l'atome. Aujourd'hui, le mur de Berlin tombé, la destruction des arsenaux est à l'ordre du jour, et Barack Obama promeut le thème du désarmement nucléaire.

Garry Davis fut surtout l'incarnation d'une utopie, celle de l'effacement des nations et de l'unification sous l'égide d'un " gouvernement mondial " d'un univers sans frontières. Lui défend le droit imprescriptible à se déplacer partout sur une terre commune. On est dans les années 1950, bien avant que naisse Médecins sans frontières et ses émules dans d'innombrables domaines, très longtemps avant qu'Internet impose l'idée d'un espace universel d'où est gommée jusqu'à la trace des frontières. On est encore plus loin du monde de la finance dont la récente crise a mis en lumière la quasi-impossibilité de réguler cette activité humaine sans détenir une forme de " gouvernement mondial ", un sujet évoqué jusque dans les cénacles du G8.

Né le 27 juillet 1921, dans le Maine, de Meyer et Hilda Davis, son père, administrateur d'un grand nombre d'orchestres, est très aisé. Garry (diminutif de Gareth), initialement, montre aussi une appétence pour la carrière artistique (à 20 ans, il monte sur les planches à Broadway auprès d'une vedette de l'époque, Danny Kaye). La guerre bouleverse ces premiers pas. Garry Davis est devenu pilote de chasse. Son frère, Bud, est dans la Navy. Sa mort, à bord d'un destroyer américain torpillé par un sous-marin allemand près des côtes italiennes, en 1943, est un premier choc. Piloter un B17, larguer des bombes au-dessus des villes allemandes et constater les destructions qu'elles perpètrent parmi les populations civiles lui sera vite insupportable.

" Combien d'hommes, de femmes et d'enfants ai-je assassiné ? N'y avait-il pas d'autre voie, ne cessai-je de m'interroger ", écrira-t-il dans son livre en forme de proclamation-confession, My Country is the World (" Mon pays, c'est le monde ", Putnam, 1961).

Tardivement, raconte son fils Troy, son père avait raconté un soir à ses enfants avoir souffert à son retour des combats de ce que l'on nomme aujourd'hui le stress post-traumatique : " Il avait le sentiment que le "système" l'avait corrompu et amené à commettre des actes irréparables. " Publié en 1945, un ouvrage, Anatomy of Peace, d'Emery Reves, qui prônait le " fédéralisme mondial " en des temps où les horreurs de la seconde guerre mondiale commençaient de percer les consciences et que le président Truman disait avoir posé sur sa table de chevet, avait profondément marqué l'aviateur.

" Comme un hackeur " Contrairement à l'idée reçue, assure Troy, " il n'était pas un idéaliste, il avait un idéal, c'est autre chose. Son objectif était pratique : en créant un passeport de "citoyen du monde", il entendait, un peu comme un "hackeur", introduire un virus dans un système assis sur des Etats-nations qui avait amplement failli à ses yeux et ainsi démontrer son absurdité. Il était comme ces héros qui veulent racheter leur faute en tuant le dragon ". Il va donc lancer en 1953 son mouvement pour un " gouvernement des citoyens du monde ", recevant les soutiens de personnalités aussi diverses qu'Albert Camus, André Gide, Albert Einstein ou Eleanor Roosevelt. Au jour de sa mort, le registre des " citoyens du monde ", tenu par ses supporteurs du World Service Autority à Washington, comptait près d'un million d'inscrits.

Sylvain Cypel

27 juillet 1921 : Naissance à Bar Harbor (Maine, Etats-Unis)
13 mai 1948 : Il renonce à sa citoyenneté américaine
4 septembre 1953 : Il fonde le " gouvernement mondial des citoyens du monde "

 


NY Times, paru en première page.

Garry Davis, Man of No Nation Who Saw One World of No War, Dies at 91

By MARGALIT FOX

On May 25, 1948, a former United States Army flier entered the American Embassy in Paris, renounced his American citizenship and, as astonished officials looked on, declared himself a citizen of the world.

Garry Davis, dean of the One World movement, in 1956. He had his own flag and passport, and often his own jail cell.

In 1948, five years before starting an agency to issue passports, Garry Davis distributed handbills in Paris. A stateless man, he was a relentless force behind a movement to erase national borders.

Mr. Davis ran for the United States presidency in 1988.

In the decades that followed, until the end of his long life last week, he remained by choice a stateless man - entering, leaving, being regularly expelled from and frequently arrested in a spate of countries, carrying a passport of his own devising, as the international news media chronicled his every move.

His rationale was simple, his aim immense: if there were no nation-states, he believed, there would be no wars.

Garry Davis, a longtime peace advocate, former Broadway song-and-dance man and self-declared World Citizen No. 1, who is widely regarded as the dean of the One World movement, a quest to erase national boundaries that today has nearly a million adherents worldwide, died on Wednesday in Williston, Vt. He was 91, and though in recent years he had largely ceased his wanderings and settled in South Burlington, Vt., he continued to occupy the singular limbo between citizen and alien that he had cheerfully inhabited for 65 years.

"I am not a man without a country," Mr. Davis told Newsweek in 1978, "merely a man without nationality."

Mr. Davis was not the first person to declare himself a world citizen, but he was inarguably the most visible, most vocal and most indefatigable.

The One World model has had its share of prominent adherents, among them Albert Schweitzer, Jean-Paul Sartre, Albert Einstein and E. B. White.

But where most advocates have been content to write and lecture, Mr. Davis was no armchair theorist: 60 years ago, he established the World Government of World Citizens, a self-proclaimed international governmental body that has issued documents - passports, identity cards, birth and marriage certificates - and occasional postage stamps and currency.

He periodically ran for president of the world, always unopposed.

To date, more than 2.5 million World Government documents have been issued, according to the World Service Authority, the group's administrative arm.

Whether Mr. Davis was a visionary utopian or a quixotic naïf was long debated by press and public. His supporters argued that the documents he issued had genuine value for refugees and other stateless people.

His detractors countered that by issuing them - and charging a fee - Mr. Davis was selling false hope to people who spent what little they had on papers that are legally recognized almost nowhere in the world.

What is beyond dispute is that Mr. Davis's long insistence on the inalienable right of anyone to travel anywhere prefigures the present-day immigration debate by decades. It likewise anticipates the current stateless conditions of Julian Assange and Edward J. Snowden.

Mr. Davis, who spoke about the One World movement on college campuses and wrote books on the subject, seemed impervious to his critics. In a voice trained to be heard in the last balcony (he was once a Broadway understudy to Danny Kaye), he would segue with obvious relish into a series of minutely reasoned arguments concerning the need for a world without nationalism.

"The nation-state is a political fiction which perpetuates anarchy and is the breeding ground of war," he told The Daily Yomiuri, an English-language newspaper in Japan, in 1990. "Allegiance to a nation is a collective suicide pact."

The quest for a unified earth was an objective on which Mr. Davis had trained his sights very early. It was born of his discomfort with a childhood of great privilege, his grief at the loss of a brother in World War II and his horror at his own wartime experience as a bomber pilot.

Sol Gareth Davis was born in Bar Harbor, Me., on July 27, 1921, a son of Meyer Davis and the former Hilda Emery.

Meyer Davis was a renowned society orchestra leader known as the "millionaire maestro": at his height, he presided over an empire of 80 ensembles - employing more than a thousand musicians - which played at debutante balls, national political conventions and White House inaugurations.

Garry was reared in Philadelphia in a glittering milieu in which the family car was a chauffeured Rolls-Royce and family friends included Bob Hope and Ethel Merman. As a young man he was considered unserious, he later said, known for roguish wit but lacking direction.

After studying theater at the Carnegie Institute of Technology in Pittsburgh, Mr. Davis made his Broadway debut in October 1941 in a small role in "Let's Face It!," the musical comedy. He was also the understudy for its star, Mr. Kaye.

Then the United States entered the war. Mr. Davis and his older brother, Meyer Jr., known as Bud, went overseas - Bud with the Navy and Garry with the Army Air Forces, flying B-17 bombers. Bud Davis did not return: he was killed in 1943, when his ship, the destroyer Buck, was sunk off the coast of Italy by a German submarine.

That, and a dark epiphany during a bombing run over Brandenburg, Germany, Garry Davis later wrote, would alter his life's course.

"Ever since my first mission over Brandenburg, I had felt pangs of conscience," Mr. Davis wrote in a 1961 memoir, "The World Is My Country." (The volume was later reissued as "My Country Is the World.") "How many bombs had I dropped? How many men, women and children had I murdered? Wasn't there another way, I kept asking myself."

The other way, he came to believe, was to eradicate conflict by eradicating borders.

In November 1948, six months after renouncing his citizenship in Paris, Mr. Davis stormed a session of the United Nations General Assembly there.

"We, the people, want the peace which only a world government can give," he proclaimed. "The sovereign states you represent divide us and lead us to the abyss of total war."

His act, reported worldwide, earned the support of the intelligentsia, including Albert Camus, and of the French public, so recently racked by war. Less than two weeks later, speaking at a Paris auditorium, Mr. Davis drew a crowd of 20,000.

In 1949, Mr. Davis founded the International Registry of World Citizens and was soon inundated with requests to join from around the globe. "We're bigger than Andorra," he told The Boston Globe in 1981, when the registry was a quarter-million strong.

Today, more than 950,000 people are registered world citizens, according to the World Service Authority, based in Washington.

Mr. Davis, who lived for long periods in France, appeared on Broadway a few more times in the early 1950s, including in a revue called "Bless You All" and "Stalag 17," the prisoner-of-war drama. But the One World imperative occupied him increasingly.

In 1953, he founded the World Government of World Citizens. The demand for its documents proved so brisk that he established the service authority the next year.

More than half a million world passports have been issued, though there are no statistics on the number of people who have successfully crossed borders with them. A half-dozen countries - Burkina Faso, Ecuador, Mauritania, Tanzania, Togo, Zambia - have formally recognized the passport. More than 150 others have honored it on occasion, according to the service authority.

Fees for the passport range from $45 (valid for three years) to $400 (for 15 years). The passport has text in seven languages, including Esperanto, the artificial international language.

Carrying world passport No. 1, Mr. Davis spent decades spreading his message, slipping across borders, stowing away on ships, sweet-talking officials, or wearing them down, until they let him in. The newspapers charted his comings and goings:

1949: "Garry Davis Arrested in Paris"; 1953: "Garry Davis Held Again: Arrested When He Camps Out Near Buckingham Palace"; 1957: "France Expels Garry Davis"; 1979: U.S. Court Rules 'World Citizen' Davis Is an Alien and Rejects His Passport; 1984: "Japan Expels American 'World Citizen' "; 1987: " 'World Citizen' Announces Presidential Bid." (It was the United States presidency this time.)

In 1986, Mr. Davis ran for mayor of Washington, receiving 585 votes.

Mr. Davis was arrested dozens of times, usually for attempting to enter a country without official papers. He had canny ways of circumventing authority.

In the 1950s, when France was trying to deport him, he conspicuously shoplifted items from a Paris department store. (His haul, United Press reported, was "$47 worth of peach-colored lace panties, black-silk brassieres, black garter belts, lace petticoats and pink slips.") He made certain he was arrested.

As a result of his arrest, Mr. Davis was legally enjoined from leaving the country.

Mr. Davis was married two or three times, depending on how one counts. His first marriage, to Audrey Peters, an American whom he courted by mail while detained in France and whom he met for the first time two weeks before their wedding in 1950, ended in divorce. In 1954, the newspapers reported his "marriage" at sea to Gloria Sandler in a ceremony he performed himself; that union, too, was dissolved. His marriage to Esther Peter in 1963 also ended in divorce.

Survivors include a daughter, Kristina Starr Davis, from his marriage to Ms. Peters; two sons, Troy and Kim, and a daughter, Athena Davis, who confirmed her father's death, from his marriage to Ms. Peter; a sister, Ginia Davis Wexler; a brother, Emery; and a granddaughter.

His other books include "World Government, Ready or Not!" (1984) and "Dear World: A Global Odyssey" (2000). He was the subject of a short documentary, "One! The Garry Davis Story," released in 2007.

In old age, Mr. Davis was far from idle. Last year, he had a world passport delivered to Mr. Assange, the founder of WikiLeaks, who has been holed up in the Ecuadorean embassy in London.

Just weeks before he died, Mr. Davis had a world passport sent, via Russian authorities, to Mr. Snowden, the fugitive former national security contractor accused of violating espionage laws, whose United States passport was revoked in June.

Mr. Snowden could not be reached for comment.

A version of this article appeared in print on July 29, 2013, on page A1 of the New York edition with the headline: Man of No Nation Saw One World of No War.


Le Devoir de Montréal: le'premier'citoyen'du monde-n'est plus

Ceux qui se décrivent comme des citoyens du monde ont perdu un des leurs : Garry Davis, un personnage médiatique de l'après-guerre est mort la semaine dernière à l'âge de 91 ans. Ses funérailles se sont déroulées cette fin de semaine, dans le Vermont où il résidait. Cet homme qui avait inventé le concept de " citoyenneté mondiale " n'hésitait pas à joindre le geste à la parole en voyageant à l'aide d'un passeport délivré par une organisation qu'il avait lui-même créée.

L'ancien pilote de l'US Air Force avait renoncé à la nationalité américaine en 1948 afin de commencer une campagne de plus 60 ans contre le principe d'État-nation. "Il avait lâché des bombes sur des villes allemandes où il savait qu'il y avait des femmes et des enfants", explique sa fille, Athena Davis, qui habite à Montréal.

C'est le 19 novembre 1948 que Garry Davis posa un geste qui devait lui valoir une notoriété mondiale. Au moment où le délégué soviétique s'apprêtait à prendre la parole lors de l'Assemblée générale des Nations unies à Paris, il s'empara brièvement du micro avec l'aide d'un complice dans le but de demander la création d'un gouvernement mondial. Une allocution en ce sens fut prononcée par le militant pacifiste qui accompagnait M. Davis. En 1953, M. Davis décida alors de créer de toutes pièces la World Service Authority (WSA) dans le but d'octroyer des passeports à ceux qui voulaient soutenir sa cause ou à ceux qui n'avaient plus d'autres solutions pour obtenir des papiers d'identité. "Soit ce sont des gens qui n'ont pas d'autres choix, soit ce sont des gens qui veulent faire une sorte de déclaration politique", explique son fils Troy Davis, lui-même président de la Fondation des citoyens du monde, un think-thank créé en 1996 et qui s'intéresse aux principes de la citoyenneté mondiale.


Libération: Garry Davis : un citoyen du Monde vient de disparaître

Par PIERRE BERGE Président du conseil de surveillance du Monde

En 1948, je venais d'arriver à Paris lorsqu'un matin nous rencontrâmes, mon ami Guy Marchand et moi, un jeune Américain qui tentait de planter une tente de camping sur la place du Trocadéro.

C'était Garry Davis. De lui, nous ne savions rien, mais très vite nous apprîmes - et le monde entier avec nous - qu'il avait été aviateur et avait bombardé la ville de Royan. Il avait décidé de devenir citoyen du monde et choisi la place du Trocadéro car à l'époque l'ONU avait son siège au palais de Chaillot.

Tout de suite, j'ai adhéré à ses idées, l'ai aidé avec d'autres à s'organiser, ai créé et dirigé un journal, la Patrie mondiale, qui faute de moyen n'eut que deux numéros. De grandes plumes, comme on dit, nous rejoignirent et, il y a peu, les Cahiers de l'Herne publièrent un article d'André Breton destiné à ce journal mais qui hélas ne fut jamais publié.

On a peine à imaginer aujourd'hui la ferveur que suscita Garry Davis.

Nous organisâmes plein de meetings où Sartre, Camus, Breton, Queneau et bien d'autres prenaient la parole. Je me rappelle une soirée au Vél d'Hiv qui existait encore, bourré à craquer, où la salle debout ovationnait Garry.

Je me rappelle - et comment l'oublierais-je - cet après midi du 18 novembre 1948, je venais d'avoir 18 ans, lorsque nous avons interrompu une séance de l'ONU. Nous avions obtenu une trentaine de places au balcon et quand le représentant de l'URSS prit la parole, Garry se leva, invectiva l'assistance et se mit à jeter des tracts. Nous fîmes de même. Très vite la police militaire arriva, nous coursa.

Nous fûmes trois à être arrêtés, Albert Camus, Jean-François Armorin et moi. On nous boucla dans une cellule et nous passâmes là, somme toute, une nuit agréable que je n'ai pas oubliée car on n'a pas tous les jours l'occasion d'être enfermé avec un futur prix Nobel de littérature.

Le mouvement s'essouffla, la politique avait repris ses droits. Il n'y avait plus de place pour des idées libertaires et poétiques. Garry continua seul le combat. Apatride, il voyageait difficilement. Je l'ai pourtant revu à Paris il y a quelques années. Nous étions émus l'un et l'autre. Lui, parce qu'il ne lui restait pas beaucoup de témoins de cette époque. Moi, parce que c'est un moment important de ma jeunesse.

J'ai connu depuis d'autres engagements, j'ai pris parti pour d'autres causes, mais je n'ai pas retrouvé cet élan.

Garry vient de mourir. Il avait 91 ans. Jusqu'à la fin, il est resté fidèle à l'idéal qui était le sien et qu'il avait su nous faire partager. Puisse un jour venir à nouveau quelqu'un qui voudra faire de nous des citoyens du monde ! C'est ce que j'espère, sans trop y croire malheureusement.

Pierre Bergé

Japantimes : First ‘world citizen’ Garry Davis dies

WASHINGTON – Peace activist Garry Davis, who dramatically renounced his U.S. citizenship in the dark days of the Cold War and founded a government for self-declared “world citizens” like himself, has died.

Davis passed away in a hospice in Vermont, where he had lived for many years, last Wednesday, the executive branch of the World Government of World Citizens said Monday.

He would have been 92 last Saturday. The cause of death was not known, but he had been suffering from cancer in recent years.

“Garry Davis was an astonishing human being,” said David Gallup, the current president of the World Service Authority, who spoke with him almost daily.

“He was working up to the very last minute. . . . I thought he was going to go on forever,” Gallup said.

A onetime Broadway actor who flew B-17 bombers over Germany in World War II, Davis was 26 when he walked into the U.S. Embassy in Paris in 1948, renounced his American citizen and declared himself a citizen of the world.

The Cold War was heating up, the Berlin airlift was to begin in a matter of weeks, and Davis — like many people in the aftermath of World War II — dreaded the prospect of a third global conflict, this time involving nuclear weapons.

In a move that stirred up a lot of publicity, he disrupted a session of the U.N. General Assembly in Paris in September 1948 and called for the newly formed world body to transform itself into a single government for the entire planet.

His idea attracted support from the likes of physicist Albert Einstein, novelist Albert Camus and humanitarian Albert Schweitzer, and more than 20,000 people turned out for a rally he organized in the French capital.

In 1953, in the small seaside town of Ellsworth, Maine, the stateless Davis declared the foundation of the World Government of World Citizens, with the World Service Authority as its executive branch.

“As human beings, we are all world sovereigns, the social and physical popular expression being world citizens, and no nation or power is able to deny that sovereignty or to deprive us of one iota of it,” he said at the time.

Lacking papers from any traditional government, Davis traveled on a “world passport” issued by the World Government, promoting what came to be known as the One World Movement — and getting arrested or deported on several occasions as he did so.

He fondly remembered India as the first country to let him through its border with a world passport, in 1956.

From time to time, Davis ran — unopposed — to become the first president of the world. He also took at a crack at running for mayor of Washington and, in the 1980s, U.S. president.

“The point was to get the word out on world citizenship,” Gallup said.

Based in Washington, the nonprofit World Service Authority still issues machine-readable, 30-page World Passports, which, it says, have been stamped with visas by more than 150 countries “on a case-by-base basis.”

One passport has been issued to Julian Assange, the founder of anti-secrecy website WikiLeaks, and another to intelligence leaker Edward Snowden after his U.S. passport — though not his U.S. citizenship — was revoked.

“The world passport opens the door. Anyone can get it; everyone is a human being, everyone has a right to travel,” Davis told Vermont television station WCAX shortly before his death.

Assange is holed up in the Ecuadorean Embassy in London to avoid extradition to the United States, while Snowden — wanted by Washington for espionage after he revealed the vast scope of U.S. government Internet and phone surveillance — is stuck at a Moscow airport, seeking asylum.

Over the decades, some 1.5 million people have registered as world citizens, while the World Service Authority has issued some 5 million identity documents of various kinds, including up to 750,000 passports, Gallup said.


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